Les nouvelles prises rapidement sur internet ces dernier jours ne nous rassurent pas. Les chantiers à Grenade sont pleins et n’acceptent plus de reservations pour la mise à sec du bateau, la marina de Port Louis à St. Georges ne répond pas aux mails. Nous décidons d’aller jeter un coup d’oeil 25 milles plus au nord à Jolly Harbour, Antigua. Nous n’y avons jamais été mais savons qu’un chantier bien équipé a encore des places disponibles pour la saison cyclonique.

Nous appareillons pour Antigua le 12 juillet au petit matin. Sur Falco ce matin chacun garde le silence. Nous n’avons encore rien décidé mais tous savons que c’est peut-être notre dernière navigation avec notre cher ami. Sabrina remonte l’ancre comme d’habitude, Greg prépare la nav, nous sortons de Little Bay au moteur et hissons la grande voile à un ris. Nous déroulons le foc et mettons le cap sur Antigua. Les estomacs sont nouées, nous sommes tristes. La journée est belle, le vent est E à 20 noeuds, bon plein presque au travers. Nous sommes seuls en mer car tous le bateaux sont déjà bien à l’abris plus au sud. Falco avance bien, il est magnifique avec ses voiles. Sabrina, cachée sous ses grosses lunettes noires ne quitte pas son poste sous le bimini à tribord, où le vent apparent y est le plus fort, elle savoure chaque bouffée comme si c’était le dernière. Greg barre tout le long. De temps à autre Alex et Amélie pointent leur nez de la déscente pour faire un tour d’horizon. Des instants magiques vécus milles fois, mais qui nous manquent déjà, la simplicité des gestes, nous ne devons pas parler pour communiquer, nous sommes en symbiose, je réalise que nous sommes vraiment un équipage.

 

Nous sommes arrivés à Montserrat, Little Bay, le 11 juillet en fin de journée, après une belle navigation au près depuis la petite île de Nevis.

Montserrat est une île spéciale. Le volcan de Soufrière Hills est entré en activité en 1995, il a craché depuis des tonnes de cendres sur la partie sud de l’île. La petite capitale Plymouth ainsi que l’aeroport ont complètement disparus sous les coulées de boue et de cendres. La moité de l’île est zone sinistrée depuis et les habitants ont dû etre évacués. Beaucoups sont partis vivre ailleur en Angleterre ou dans les îles voisines, quelques courageux sont restés sur leur terre. Nous sommes partis à la découverte de cette île fascinante en taxi avec Moose, notre guide local d’un jour « positiv man! positiv ». Nous y avons rencontré une population accueillante et chalereuse, des gens qui ont tout perdu mais qui continuent de vivre avec le sourire en accueillant les rares visiteurs les bras ouvert. Avec les fonds de la communauté internationale le tourisme se relance petit à petit et un projet de reconstruction a été porté à terme sur la côte nord de Monserrat. Des quartiers entiers de maisonnettes y on été construites pour reloger les habitants, une église, une maison d’accueil pour les anciens et les plus démunis, un petit aeroport, des écoles, une bibliothèque publique. La vie reprend doucement à Montserrat. Good luck Moose, keep your  beautiful island alive.

Bon, c’est décidé, le 5 juillet de bonne heure nous quittons enfin St. Martin. Nous passons le pont levant côté français avec un portique en inox tout neuf, un petit chef d’œuvre qui servira à remonter l’annexe, mettre des panneaux solaires et une éolienne. Nous passons sous le vent de St. Martin. Une navigation tranquille de 15 milles jusqu’à l’anse de Colombier à St. Barth. À midi nous prenons une bouée dans ce mouillage idyllique. Il est bien pratique de temps en temps de ne pas devoir mettre d’ancre. L’après midi au menu snorkeling en famille et balade sur les hauteurs, nous respirons à pleins poumons l’alizé qui souffle bien frais au large.

Le lendemain à 6 heures nous nous apprêtons à partir pour St. Kitts, 30 milles plus au sud. Selon le rituel habituel Sabrina prépare le café et un petit casse croute, Greg inscrit date, heure et position dans le livre de bord et prépare les instruments de navigation, le capitaine fait un check-up du bateau (voile et gréement) et s’apprête à démarrer le moteur. Il tourne la clé et ..rien.. mister Perkins ne veux pas démarrer. Bon, pas de panique, nous sommes bien amarrés à un solide corps mort, ce n’est certainement rien de grave. Après cinq bonnes heures la panne est localisée. La connexion électrique à l’intérieur du relais de démarrage s’est cassée. Nous bidouillons une réparation d’urgence avec le pistolet à colle chaude des enfants. Ça marche, notre bon vieux Perkins ronronne à nouveau. Il est presque midi et il est bien trop tard pour partir sur St. Kitts, nous remettons ça à demain.

Le matin du 7 juillet le ciel est bien chargé, la saison des pluies et bien là. Nous avons pris une météo à St -Martin sur 5 jours et rien de gros semble nous tomber dessus. On y va quand-même car la route pour Grenade est encore longue et le 15 août nous devons impérativement être en Suisse pour les examens de Greg.

Nous pointons le nez à l’extérieur de l’anse de Colombier, foc enroulé, grande voile à 2 ris, le vent a tourné ESE et il est bien costaud , 20-25 nœuds, alors que notre fichier météo nous donnait E, on pensait faire un bon bord de travers et non c’est encore du près ,décidément nous n’avons pas de chance. Sabrina ne le sent pas, « par un jour pareil nous ferions mieux de s’arrêter à Gustavia pour faire du shopping ». Je décide quand-même de continuer car le temps presse, ce n’est pas la première navigation difficile que nous faisons et nous somme bien rodé maintenant. Trois heures et demies après nous sommes environ à 6 milles au NW de St. Kitts, et nous nous apprêtons à passer le canal qui sépare St Kitts de Statia, la mer est anormalement grosse, les creux sont de 3-4 mêtres, le vent ESE établit à 25-30 noeuds, nous avons deux ris à la GV , un petit peu de foc et le bon vieux Perkins en appui pour ne pas trop dériver sur Statia, le ciel est noir et il pleut, je n’aime pas ça. On prend le troisième ris à la GV et on enroule le foc en tourmentin. Une demie heure plus tard tout précipite, soudainement le vent monte à 40 nœuds en rafales, la mer se démonte, la pluie tombe comme un jet d’eau constant, à la barre je n’arrive même pas à tenir les yeux ouverts, nous sommes entrés dans un immense système de grains orageux. Ça fait peur, c’est dantesque, la foudre tombe de partout à côté du bateau, les vagues n’ont plus de sens, ça bouillonne de partout, je n’arrête pas de penser aux amis Chrisaloha et Azad qui ont été victimes de la foudre quelques semaine auparavant. Nous n’avons pas le choix nous devons forcer le passage entre St. Kitts et Statia, nous augmentons les tours au moteur, pourvue qu’il tienne le coup .. Sabrina montre une calme olympique et s’occupe des enfants, Alex et Amélie sont à l’intérieur en gilet de sauvetage et jouent avec leurs nounours,  Greg est à la table à carte, il me donne le cap et me guide avec les instruments, toutes les 10 minutes il inscrit le point GPS sur le livre de bord pour bien vérifier notre position par rapport aux îles, si l’électronique devait faire défaut à cause de la foudre nous pourrions continuer à l’estime avec les cartes papier, dehors je ne vois pas la proue du bateau..

Comme tout les mauvais moments, tôt ou tard, d’une façon ou l’autre, ça se termine. Nous réussissons à nous faufiler sous le vent de St. Kitts, tout se calme soudainement, ça paraît invraisemblable, nous apercevons enfin l’île, elle nous paraît magnifique et magique, elle est verte et le parfum de flamboyants nous envahis les poumons. A 1600 nous jetons l’ancre a Basseterre, nous sommes crevés et heureux. Just another hard work day..

  

Beaucoup de préparations, beaucoup de décisions, quelques hésitations et voilà notre position:

18°04’20 N

63°06’00 W

Ce ne sont pas les coordonnées d’un lieu perdu en atlantique, mais celle de la Baie de Marigot à St. Martin. Après deux semaines d’attente notre pilote automatique à enfin été reparé. La pièce de rechange avait été commandée en express aux USA, livraison rapide en trois jours et départ nous avait-on assuré… Ce que nous ne savions pas c’ést que l’agent de Simrad qui a commandé la pièce avait une dispute commercial avec l’agent officiel aux USA lequel, 4 jours après la commande lui a gentillment refusé de livrer la pièce ! L’agent Simrad en question, sans nous informer, a changé de fournisseur et commandé la pièce chez une autre revendeur au USA, qui aurait du commander la pièces au USA chez l’agent officiel au USA et l’envoyer à St Martin ! Après une semaine perdue avec ce thèatre nous avons relevé de sa fonction notre cher agent Simrad et pris les choses en main à la Suisse (y a pas le feu au lac ..)! Avec la collaboration du shipchandler Island Water World, trois jour après nous avions la pièce en main !

 

Deux semaines perdues !! Si l’on pense que les 12 mai nous étions aux BVI, prêts sur le starting bloc en attente du feu vert mèteo de notre routeur! La vie en bateau ce n’est pas que les belles plages et les cocotiers, il faut savoir accepter les décisions du sort et de la nature.

 

Depuis quelques jours la réparation est faite, le moral des troupes est bon, mais la météo restant toujours instable nous avons du prendre en considération d’autres options. La saison cyclonique est commencée et une traversé de l’atlantique de 20 jours au moins demande déjà assez de contraintes sans avoir encore à s’échapper des dépréssions tropicales qui pourraient nous ratrapper en cours de route! Parmis les diverses options, nous avons choisi celle de prolonger le sejour de notre Falco aux Antilles. Nous allons l’accompagner vers le sud et lui trover un abri pour la saison des cyclones en attente de la belle saison et d’autres décisions…

 

Une fois notre démeure errante en sécurité nous reprendrons le chemin du retour vers notre démeure sur terre.

 

Dans quelques jours cap au sud, vers notre île du coeur, Grenada !!

Et nous voilà de nouveau à terre! Et non ce ne sont pas si proches les Açores! À 150 milles au NE des BVI  le pilote automatique s’est noyé sous un grain puissant. Nous essayons sans succès de réparer. Le vent est faible et le régulateur d’allure ne peut pas barrer le bateau tout seul, que  faire ? 2o jour de mer en se relayant à la barre ? Dure en équipage réduit, la décision est vite prise, nous mettons le cap sur Saint Martin, 150 milles au SE pour réparer. Nous lançons notre fidèle Perkins et nous  nous relayons à la barre avec les enfants, 30 minutes chacun, passons la nuit comme-ça, gigi notre régulateur d’allure prend un peu le relai dans les rares risées de vent . Nous arrivons dans la baie de Marigot à Saint Martin à la tombée de la nuit du  2 juin. Nous sommes tous très fatigués et après un bon minestrone nostrano nous filons tous au lit. Merci les enfants, vous avez été super à la barre !!

Pour l’instant nous attendons qu’une dépression tropicale nous passe dessus mardi et réparons notre pilote automatique.

Entre ciel et mer nous étudions les routes…

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