Les nouvelles prises rapidement sur internet ces dernier jours ne nous rassurent pas. Les chantiers à Grenade sont pleins et n’acceptent plus de reservations pour la mise à sec du bateau, la marina de Port Louis à St. Georges ne répond pas aux mails. Nous décidons d’aller jeter un coup d’oeil 25 milles plus au nord à Jolly Harbour, Antigua. Nous n’y avons jamais été mais savons qu’un chantier bien équipé a encore des places disponibles pour la saison cyclonique.

Nous appareillons pour Antigua le 12 juillet au petit matin. Sur Falco ce matin chacun garde le silence. Nous n’avons encore rien décidé mais tous savons que c’est peut-être notre dernière navigation avec notre cher ami. Sabrina remonte l’ancre comme d’habitude, Greg prépare la nav, nous sortons de Little Bay au moteur et hissons la grande voile à un ris. Nous déroulons le foc et mettons le cap sur Antigua. Les estomacs sont nouées, nous sommes tristes. La journée est belle, le vent est E à 20 noeuds, bon plein presque au travers. Nous sommes seuls en mer car tous le bateaux sont déjà bien à l’abris plus au sud. Falco avance bien, il est magnifique avec ses voiles. Sabrina, cachée sous ses grosses lunettes noires ne quitte pas son poste sous le bimini à tribord, où le vent apparent y est le plus fort, elle savoure chaque bouffée comme si c’était le dernière. Greg barre tout le long. De temps à autre Alex et Amélie pointent leur nez de la déscente pour faire un tour d’horizon. Des instants magiques vécus milles fois, mais qui nous manquent déjà, la simplicité des gestes, nous ne devons pas parler pour communiquer, nous sommes en symbiose, je réalise que nous sommes vraiment un équipage.